Plan
1. Reconnaître où souffle l’Esprit
2. Allégresse intérieure
3. Désolation spirituelle
4. Conduite à tenir
5. Quelques applications du discernement
6. Pour prendre une décision
7. L’éveil du désir spirituel
8. La loi, éducatrice du désir
9. Que dois-je faire ?
10. Le pour et le contre
11. Recevoir nos décisions
12. Des décisions réalistes
13. Un oui sans réserve
14. La dynamique du désir
1. Reconnaître où souffle l’Esprit
Qu’est-ce que le discernement, qu’est-ce que ça concerne ? (exemple je rentre de soirée où j’étais à fond et puis triste : est-ce le simple effet de la solitude ou est-ce que j’ai vécu n’était pas juste ? Important de pouvoir répondre !)
Discernement pas égocentré mais ouvert : on avance vers Dieu en s’ajustant.
Deux situations : le péché ou la vie donnée à Dieu et aux autres. La vie dans le péché endort la conscience et nous enfonce de plus en plus. C’est le remord, un certain sentiment de culpabilité qui nous permet de nous tourner vers le pardon. Cependant même lorsque nous essayons sincèrement d’avancer vers Dieu notre état intérieur ne reste pas perpétuellement au beau fixe : nous sommes troublés, pris de tristesse, nous nous tourmentons nous-mêmes au lieu d’orienter nos efforts et notre énergie vers le bien. Ces évènements qui nous paralysent vont à rebours du travail de Dieu. L’action de Dieu se reconnait au contraire à l’énergie, le tonus, l’enthousiasme qu’elle met au service du bien et du progrès, produisant paix et joie. Dans ce cas nous savons que nous sommes avec Lui. Il faut entretenir ces mouvements qui nous font avancer dans le sens de Dieu et nous aident à nous accomplir nous-même, ie à nous équilibrer et à nous rendre heureux !
2. Allégresse intérieure
Vitalité spirituelle : autant il est très aisé de répondre aux questions sur notre état physique (suis-je « déprimé » ou « en forme ») autant il est facile de se leurrer et de s’illusionner quant à notre état spirituel. Bien sûr les meilleures périodes sont celles où nous portons du fruit, sommes portés par le feu de l’esprit et grandissons « sensiblement » dans la foi, l’espérance et la charité. Il est donc bon d’aspirer à cela et d’entretenir ces périodes quand elles nous sont données. Mais si le physique ne dépend pas entièrement de nous à plus forte raison n’avons-nous qu’un pouvoir réduit sur nos états spirituels.
D’avantage de foi, d’espérance et de charité : La vigueur de l’âme (sa vitalité) se mesure à la charité. Celle-ci peut nous habiter indépendamment de ce que nous « ressentons ». Evidemment la charité ne peut qu’être accompagnée de la foi et de la charité. La présence de l’Esprit Saint s’accompagne toujours de la paix et de la joie. Une joie profonde, non pas due au fait qu’il fasse beau ou que les oiseaux chantent mais une joie qui fait monter en donnant le goût des choses divines. Elle est contentement du fond de l’âme, contentement d’être avec lui. La paix n’est pas absence d’agitation extérieure ! Elle est active. C’est l’apaisement d’une âme ayant trouvé sa place et non la relaxation du corps ou de l’esprit.
3. Désolation spirituelle
Dépression spirituelle : Ces temps de désert font contraste avec les temps de vivification dont nous parlions précédemment. Il faut se souvenir que quoi qu’il se passe en surface, le fond ne change pas (comme l’atmosphère terrestre fluctue mais sans finalement changer le noyau). Comprenons-nous bien : une dépression nerveuse, un coup de cafard ne font pas une désolation spirituelle. Ce n’est le cas que lorsque le domaine spirituel de la relation à Dieu, de l’amour de l’autre est atteint. Ce n’est pas forcément un temps de tentation en soi mais il peut mener à l’asphyxie.
Aux multiples visages : La désolation est une retombée sur terre, sur soi-même. C’est un enlisement où l’on retrouve tous les signes opposés à ceux de la consolation. Quelques aspects : obscurité (je ne sais plus où je vais ni pourquoi je suis là, mes certitudes sont mortes), tristesse déprimante, fascination des certitudes sensibles, troubles et inquiétudes, desséchement du cœur, perte de confiance ou d’espérance. En bref : on ne sait plus où on est ni où est le Seigneur.
Aux nombreuses leçons : Pourquoi Dieu permet-il cela ? D’abord ce peut être de notre faute, de par notre négligence. Quoi qu’il en soit la désolation est une épreuve. Elle éprouve ce que nous valons, jusqu’où va notre volonté d’aimer et de servir. Nous sommes obligés de renforcer notre fidélité à Dieu, à grandir dans le désintéressement et l’amour gratuit. Enfin elle nous fait prendre conscience de la valeur de la grâce et de son caractère authentiquement surnaturel.
4. Conduite à tenir
A travers la désolation : Avant tout : continuer sa route en gardant le cap (on ne prend pas de décision dans la tempête), ce qui n’empêche pas de travailler à corriger ce qui a pu causer cette « dépression spirituelle » (manque de sommeil,…). Ensuite il faut garder le calme et tendre à l’objectivité (garder du recul pour ne pas se laisser impressionner, ne pas s’inquiéter de la prétendue « qualité » de notre prière mais se placer devant le Seigneur qui sait tout !), rester dans la foi (en faisant mémoire, en s’appuyant sur les réalités solides de la foi) et insister sur la prière. Par-dessus tout s’établir dans la patience et la fidélité en se rappelant que nous ne sommes pas maîtres de ce que nous traversons et en sachant que nous finirons inévitablement par retrouver la proximité avec Dieu.
A travers la consolation : ne pas s’enorgueillir en se souvenant que ce que nous avons ne vient pas de nous ou de nos mérites mais bien de Dieu seul, préparer la désolation, rendre grâce à Dieu et ne pas s’emballer.
Deux repères : quoi qu’il arrive la croissance dans la vie spirituelle va toujours de pair avec le sens du réel et la liberté intérieure. Si ce n’est pas le cas il y a un problème quelque part.
6. Pour prendre une décision
S’exercer à reconnaître les indications : Les mouvements de l’âme placée face à un choix nous aident à voir ce qui nous met en accord ou non avec Dieu, à condition de savoir les lire. L’étude des temps forts et faibles de notre vie spirituelle nous aident en cela. Cependant ce travail est presque impossible à accomplir seul : nous avons besoin de l’aide d’une tierce personne. C’est en comprenant ce par quoi nous sommes passés, comment le Seigneur nous a guidé que nous comprenons ce pour quoi nous sommes faits (pour ce qui est des choix de vie). D’autres questions moins radicales peuvent se poser à nous : dois-je entrer dans ce mouvement ? Vais-je continuer cette activité malgré le travail de fin d’année ? Quelle part de mon budget donner aux pauvres ? Ma réaction de paix, de joie ou de trouble est un élément de discernement important mais non suffisant. En effet il est possible d’être sans réaction, que celles-ci ne soient pas suffisamment caractéristiques ou que nous ne parvenions pas à distinguer ce qui est psychologique de ce qui est spirituel.
Trouver d’abord la solution raisonnable : D’abord se poser au calme. Voir quel est précisément le choix que je dois faire. Me rappeler que le but final est d’aimer d’avantage. Prier pour avoir une vue claire et objective des choses, un désir qui réponde à celui de Dieu. Puis envisager dans le détail chaque option sous tous ses aspects, tout ce qu’elle implique comme avantage ou comme inconvénient en étant réaliste. Regarder alors de quel côté incline la sagesse sans me laisser mouvoir par mes impressions.
Voir si les « mouvements spirituels » confirment : Observer ce qui surgit en notre cœur lorsque nous envisageons chaque option. Est-ce la joie ? La paix ? L’inquiétude ? Le trouble ? Si c’est confirmé on peut y aller ! Sinon c’est que quelque chose cloche et il faut tout réexaminer, au besoin demander conseil. Il est important de se placer au-dessus des impressions et de la sensibilité pour se placer au plan spirituel. En tout cas gardons-nous de forcer les mouvements de l’âme pour en obtenir à tout prix des lumières !
7. L’éveil du désir spirituel
Le travail de Dieu : Dieu travaille dans notre désir, en attirant. « Nul ne vient à moi si mon Père ne l’attire », « Que cherchez-vous ? » dit Jésus. Ce désir qui nous travaille et grandit d’être sans cesse insatisfait.
La lutte intérieure : La conscience morale opère un discernement entre deux grandes orientations, deux grands courants qui se contrarient et que Saint Paul appelle la chair (ce qui nous tire vers le bas) et l’esprit (ce qui nous tire vers le haut) : cf Ga 5;17. La loi n’est alors qu’un principe de discernement qui fait voir sans faire vouloir. Seul l’Esprit donne la puissance de faire, ce grand élan intérieur.
8. La loi éducatrice du désir
Choisir parmi tous les arbres : La loi sous forme nue d’interdit est la deuxième parole de Dieu à l’homme, la première étant celle qui éveille le désir (« De tout arbre du jardin tu pourras manger » - Gn 2;16). Cette première parole que nous avons peine à croire éveille en l’homme le désir. Mais comme nous ne sommes ni assez libre ni assez obéissants (les deux se tiennent), nous avons le vague sentiment que la seconde nous enlève tout. Et ce vague sentiment suffit à faire naître la tentation.
Une loi qui protège de la régression : La loi a pour rôle de nous protéger de ce qui nous ramène au néant dont Dieu nous a tirés. Ce néant s’appelle le mal. Que voulons-nous en savoir ? Il n’y a rien à en savoir, seulement à faire confiance à Dieu et à choisir la vie : De 30;11-20 et Sg 1;12-15. L’obéissance nous détourne d’orifices fermés par la loi et qui nous mèneraient vers un moins bien, vers le mal et finalement vers le rien. Lorsque la Loi se double de l’Alliance, ie du Salut alors nous savons où est le mal, où est le bien et nous avons la force de choisir le bien au lieu du mal.
Discernement et autorité ecclésiale : Pour le discernement de la Loi nous pouvons nous confier à l’Eglise. Infaillible pour ce qui est de la morale et de la foi, nous savons qu’elle ne pourra nous mener à la mort. C’est ce qu’affirme explicitement l’évangile : contre elle les portes de l’enfer ne prévaudront pas. Pour nous apprendre l’obéissance, il faut savoir que le Seigneur choisit très souvent au moins une fois de nous éprouver en nous demandant d’obéir aveuglément.
9. Que dois-je faire ?
Discerner c’est apprendre à choisir ce qu’on doit faire. C’est la première question que l’on se pose lorsqu’on comprend que Dieu s’intéresse à nous (Ac 22;10 et Mc 10;17). C’est à la fois la question la plus importante, la plus urgente mais aussi la plus raisonnable puisque celui qui la pose est réaliste, a compris ses limites et s’en remet à plus grand que lui pour choisir le meilleur.
Tu connais les commandements : Première réponse de Jésus : les commandements, c’est-à-dire l’appel de la conscience. Globalement il n’y a rien à inventer, tout est déjà en nous !
Une seule chose te manque… viens, suis-moi : Mais la loi ne suffit pas, et c’est là tout le sens de l’évangile. Il y a une condition (la loi, la vente des richesses), mais ce n’est qu’un acte concret, un moyen pour nous aider à accéder au vrai but : la vie dans l’évangile. Le suis-moi. Le discours sur la montagne. Toujours il y a appel et celui-ci présuppose une rupture, un renoncement. Les deux sont nécessaires, geste (sinon la réponse reste illusoire) et la réponse à l’appel (sinon le geste devient une simple œuvre). Que dois-je faire ? Il n’y a pas de réponse directe. Suis le Christ et alors, ensuite, tu sauras. Si le choix n’est pas fait dans le don, la prière, c’est inutile.
10. Le pour et le contre
Comment alors déchiffrer ce que nous avons de mieux à faire pour nous accorder à Dieu. Le but de cet parti est de s’attarder au raisonnement, au discernement par pour et contre en comprenant bien son sens, le cadre dans lequel il s’inscrit afin d’en faire une démarche spirituelle objective et non purement intellectuelle ou psychologique.
Une alternative : Première étape : poser l’alternative clairement en l’énonçant simplement et presque brutalement.
Un double préalable : Deux conditions pour que le jeu du pour et contre ne soit pas faussé ou illusoire. Deuxième étape se mettre bien dans l’optique de la foi dans laquelle on prétend choisir, ie choisir le meilleur pour suivre Dieu hic et nunc. Cela doit permettre de prendre un certain degré de liberté supplémentaire par rapport à l’alternative. Il faut se rappeler le but final, la perspective dans laquelle on se place : pour ça il faut se mettre dans la prière. On comprend ainsi que le choix devant lequel je suis placé n’est qu’un moyen. Les deux solutions doivent ainsi nous devenir indifférentes, je suis en position d’équilibre. Celle-ci me permettra de bien sentir ce qui pèse dans la direction de la fin que je vise : je suis prêt à recevoir ma propre décision. Troisième étape et deuxième préalable : se placer devant Dieu : que veux-tu que je fasse ?
Actif et passif tout à la fois : On peut alors aborder l’examen des pour et des contre. Pour l’une et l’autre, on s’efforce de prendre en compte tous les éléments. On comprend qu’il est nécessaire de s’être bien détaché pour ne pas enchainer sans vrai discernement les raisons allant dans la direction d’un choix préétabli. On se live ensuite à l’examen du résultat. Je sens dans quel sens penche la balance. Autant je suis actif dans la recherche des motifs, autant je suis passif dans l’examen afin de profiter de cette fameuse position d’équilibre.
Passage au sentir : Enfin j’examine mes états intérieurs, ce qui implique les remous de mon désir, mon affectivité à l’approche de telle ou telle option, en vue de confirmer le choix… Ou de l’infirmer pour me faire tout recommencer ! Il faut choisir avec son être tout entier et non avec la raison seule.
11. Recevoir nos décisions
La liberté est donc le pouvoir de prendre soi-même les décisions qui nous concernent. Ce n’est pas un état qui nous rend indépendant. Dieu laisse à l’homme le choix de sa décision, Dieu laisse l’homme se frayer lui-même un chemin vers Lui : en cela consiste la liberté.
La mosaïque de nos choix : Un choix a un double impact : à l’extérieur de moi-même (objet du choix en lui-même) et il me modifie peu à peu. Ce sont mes décisions qui me permettent de dégager ce qui me rend unique, différent. Ce sont nos décisions qui sculptent notre personnalité. Pour cela elles doivent être « habitées » et non plaquées sur les règles d’une institution. Ainsi l’Evangile est-il fait pour être vécu !
Libération préalable : Nos décisions ont donc une portée majeure. Sont-elles vraiment « nos » décisions ? La liberté se heurte à des obstacles extérieurs mais surtout intérieurs : j’hésite devant l’effort d’informer totalement ma décision, je manque d’une idée suffisamment vigoureuse du sens de mon existence, j’attends que les choses se décident pour ne pas avoir à trancher moi-même, je suis prisonnier de mes habitudes, je suis sous l’influence de l’esprit mauvais. Une vraie décision suppose donc une libération préalable.
Prière préalable : Pour être dans l’état d’indifférence que demande le choix, il faut renoncer, et si l’homme renonce c’est nécessairement pour quelque chose de plus grand. L’Evangile. Pour cela il doit en être habité, nourri, imprégné, ce qui ne peut se faire que dans la prière et la méditation de la Parole de Dieu. Ce n’est qu’en étant passionné par le but qu’on devient indifférent (dans le bon sens) aux moyens de l’atteindre. La décision ne peut donc se faire que dans la prière. On ne fabrique pas sa décision, on la trouve. Je ne suis pas passif dans ma décision puisque je dis oui à une volonté que je cherche et découvre moi-même. La décision est bien la mienne puisqu’elle vient des tréfonds de moi-même et que seule ma liberté peut la prendre. Ajoutons enfin que nous ne pourrons être sensibles aux motions de l’Esprit et aux mouvements de notre âme qu’en état dans un climat de prière et d’attention.
12. Des décisions réalistes
Le critère des capacités : Lc 14,28-32. On ne peut rien décider de bon sans commencer par interroger l’exacte situation dans laquelle on se trouve.
Le critère des besoins : Lc 10,12 : quel genre de moisson attendons-nous de notre choix ? Celle du riche insensé qui ne pense qu’à lui (Lc 12,16) ou du bon intendant qui ouvre dans l’intention du maître qui finalement est pour tous. Il n’est donc pas permis de ne penser qu’à soi ! Il faut peser aussi l’impact que notre décision aura sur les autres ? D’où l’intérêt de discerner en compagnie d’une tierce personne, garante d’un plus d’objectivité.
Le combat de l’Eglise : Saint Ignace insiste aussi sur l’importance d’accorder nos décisions avec les priorités et les objectifs que se fixe l’Eglise de notre temps.
L’exemple du Christ : Nous parlions tout à l’heure du réalisme des décisions que nous devons prendre. Il s’agit d’être en accord avec nos capacités, c’est-à-dire d’être réaliste vis-à-vis de la Création mais également d’être réaliste vis-à-vis de l’histoire du Salut. Et le Salut c’est le Christ. Il nous faut donc prendre exemple sur lui, non pas en l’imitant comme une copie rigoureuse mais en suivant l’Esprit qui l’animait, celui de l’Evangile.
13. Un oui sans réserve
Une question cruciale : L’Esprit nous inspire le désir de suivre le Christ, nous comprenons, nous sommes pleins de beaux sentiments et puis nous nous retrouvons avec tout un tas de « oui mais ». Sommes-nous vraiment prêt à faire des choix en conséquence ? Sommes-nous vraiment prêts à suivre le Christ ? Sommes-nous disposés à nous placer dans la situation d’indifférence ignacienne devant Dieu, acceptant que pour Le suivre il nous faudra peut-être passer par des chemins inattendus où nous devrons faire confiance.
Une attente, fruit d’un grand amour : L’indifférence au sens ignacien du terme n’est donc pas une mort intérieure, une extinction du désir, mais un apprentissage de l’attente par la raison et l’affectivité, attente qui permet de recevoir l’alternative sans préalable et qui dispose à marcher à la suite de Dieu. Elle ne s’impose pas par la force de la volonté : elle ne peut-être que tirée de l’amour du Christ. C’est une grâce à demander !
14. La dynamique du désir
Le discernement d’Ignace n’est donc pas un effort cérébral : c’est une dynamique du désir (qui demande pour être efficace un certain usage de la raison pour poser le bon cadre de son expression). Reprenons pour cela Mc 10,35-40. Que constatons-nous : les fils du tonnerre expriment leur profond désir. Jésus ne les renvoie pas dans les cordes, pas d’arrière Satan ! Ils désirent suivre le Christ et être auprès de son trône : pour le suivre il leur propose à la place le baptême et la calice. On voit donc apparaître la grande difficulté du désir : nous passons notre temps à projeter nos désirs profonds dans des images particulières (le trône) alors que ce n’est peut-être pas la meilleure façon pour ce désir de s’exprimer, ni celle que Dieu nous propose !
« Nous voulons »
Nous passons notre vie à vouloir. Tout est sujet à « je veux ». Problème inévitable : c’est toujours « je veux quelque chose ». Ce quelque chose nous est présent comme image avant d’être consommé.
« Que voulez-vous ? »
La plupart du temps nous ne nous soucions pas de mettre de l’ordre dans notre vouloir. Nous ne nous demandons pas vraiment ce que nous voulons exactement, ce qui veut en nous. Et nous pouvons ainsi nous fourvoyer sans nous en rendre compte ! Jusqu’au moment où la machine s’enraye : un grain de sable, un coup de pompe un peu sérieux, un malaise… C’est là qu’arrive la question de Jésus : que voulez-vous ?
« Accorde nous »
On se rend alors compte qu’il est vraiment très difficile d’exprimer précisément notre désir : ce que nous voulons, comment nous voulons ! Souvent nous avons peur de notre désir, de cette puissance en nous dont nous ne savons pas ce qu’elle peut provoquer, transformer, révéler… Nous préférons parfois conserver une image plus policée de nous-mêmes.
« Vous ne savez pas ce que vous demandez »
Il y a alors une deuxième conversion que nous révèle le Christ : notre désir est plus vaste, plus grand, plus profond, différent de ce que nous pensions, de ce que nous avions vu en l’exprimant.
« Pouvez-vous, comme moi ? –Nous pouvons »
C’est le temps de la troisième conversion, celle où nous comprenons que le désir n’est pas seulement une force qui nous pousse vers l’au-delà mais un allié qui nous permet de faire. On cesse de tergiverser et on passe à l’action. Pour cela il faut avoir accepté un objectif humble, petit, à ma mesure.