Plan
Les règles de discernement « de seconde semaine »
1. Dis-moi quelle est ta joie
2. Quand Dieu entre à l’improviste
3. Dans le fruit savoureux, un ver serait-il caché ?
4. Harmonies et dissonances spirituelles
1) Dis-moi quelle est ta joie
Lorsqu’on choisit de suivre le Christ sans conditions, on se dégage progressivement de l’envie de s’approprier des biens comme l’argent, le pouvoir, santé, confort, talents, culture… Non qu’ils soient méprisés : ils sont reconnus comme de simples moyens, si bien que si l’on vient à manquer de l’un ou de l’autre, on n’en reste pas troublé très longtemps. Ainsi celui qui s’attache au Christ gagne-t-il en sérénité et en liberté. Sa joie n’est donc pas celle d’une vigoureuse santé : elle subsiste et se sublime face aux contrariétés de l’existence, malgré la douleur ou les épreuves. Elle n’est donc pas le fruit d’un concours de circonstances, d’une certaine « réussite » mais bien du désir de Dieu authentique. Celui qui vit de cette joie constate qu’elle ne vient pas de lui mais éprouve qu’elle est grâce divine.
L’esprit malin cherche à nous en détourner en nous repliant sur nous-mêmes, insidieusement et sans se faire voir (la route de l’enfer est pavée de bonnes intentions). Il agit dans le temps, tentant de nous avoir « à l’usure ».
2) Quand Dieu entre à l’improviste
1. Le langage de Dieu
Ça parle, mais qui parle ? Dans la vie courante des pensées, des sentiments surgissent en nous de façon impromptue, comme venant d’ailleurs. La tentation est grande dans le domaine religieux d’immédiatement les relier à Dieu qui nous indique que faire. Comment savoir quand Dieu nous parle et quand nous nous parlons tout seul ?
Le silence de Dieu : Je prie, j’interroge et je ne reçois aucune réponse de Dieu. Pourquoi ? Une simple vérité : Dieu ne répond pas en paroles mais en actes. Dans ce que nous vivons intérieurement d’abord, ce à quoi Dieu n’est pas étranger. Que dire alors des « paroles intérieures » ? Elles proviennent de notre univers intérieur, de notre psychisme par lequel elles sont façonnées. Difficile de les prendre alors comme venant de Dieu. Cela étant dit il peut arriver qu’éventuellement il y ait une inspiration divine derrière de telles paroles.
Un langage indirect : pour pénétrer le silence divin je n’ai rien d’autre à scruter que les propres mouvements de mon âme, de mes pensées, de mon affectivité. C’est nécessairement là que Dieu se révèle à moi : il m’y parle indirectement.
Habituellement, la consolation a une cause qui la précède : La consolation est un jalon sur un bon chemin. Elle se nourrit de prière, de charité, aussi est-elle habituellement précédée d’une action du sujet dans un certain sens, ce qui n’empêche pas de maintenir que la consolation est bien donnée.
2. Le Dieu des surprises
Dieu reste infiniment libre de ses dons et peut parfois donner gratuitement, sans raison, de façon inattendue, à une personne inattendue, à un moment inattendu.
L’évènement spirituel ne dépend pas d’une activité quelconque du sujet : première condition pour qu’un évènement spirituel soit rapporté à la seule initiative de Dieu : un mouvement net se fait, comme un élan puissant sans qu’aucun travail de pensée, d’affectivité ou psychologique ait pu provoquer ledit mouvement.
Le mouvement qui survient doit être un élan d’amour passionné de Dieu : La personne se trouve portée dans un élan d’amour ardent pour Dieu et Ses œuvres. Cet amour est d’une grande limpidité et la volonté de Dieu se trouve facile à faire. Seul un tel mouvement vient d’une initiative directe de Dieu. Cela élimine nombre de mouvements qui surgissent brusquement en nous sans porter en eux cette trace qui est celle de la consolation.
Expérience immédiate, mais de quoi ? Pas de Dieu car « Nul ne peut le voir sans mourir » nous dit l’Ecriture. Ce sont donc les effets de sa présence, le lien d’amour qui nous unit à Lui que nous ressentons.
Et l’inconscient ? Pourquoi attribuer cela à Dieu plutôt qu’à notre inconscient ? En fait la vraie question n’est pas de savoir de quelle zone de notre être surgit ce mouvement mais de savoir s’il s’agit bien d’une authentique consolation divine. Si le mouvement mène à plus de vie, il vient bien de Dieu.
3) Dans le fruit savoureux un ver serait-il caché ?
1. Quand la consolation a une cause
Lorsque la consolation a une cause, il faut prendre garde à ce que celle-ci soit bonne… En effet l’esprit mauvais peut aussi susciter des consolations. Comment cela est-il possible ? Par la tromperie dont nous sommes complices en flouant le véritable objet de nos désirs et de nos élans.
2. La tactique du rebelle
Chez quelqu’un qui progresse spirituellement l’esprit mauvais ne peut avancer à découvert. Il se cache donc, se dissimule derrière de bonnes intentions, de bons prétextes, une fausse générosité, une fausse charité, une fausse humilité. Il peut profiter de l’inattention et du manque de vigilance provoqués par la consolation pour nous attirer subrepticement en eaux troubles selon la technique de la grenouille.
3. Garder une vigilance paisible
Il faut donc garder une certaine vigilance à l’endroit de nos pensées afin de nous assurer que c’est bien l’esprit saint qui tient les rênes et que nous ne sommes pas en train de dévier. Cela se reconnait à deux signes. Le premier est dans nos pensées : si à un moment celles-ci se sont tournées vers quelque chose de mauvais ou de moins bon que prévu c’est qu’il a mis la main sur la barre. Le second est affectif : si le trouble, l’inquiétude nous gagnent peu à peu c’est que quelque chose cloche.
4. Tirer leçon de l’expérience
Il est toujours très utile lorsque nous nous faisons fourvoyer de relire les évènements, à la fois pour bien repérer ce qui nous avait initialement vivifié et pour constater quelle suite d’évènements nous a peu à peu perdu. Ainsi nous connaissons mieux la part e nous-même qui tente de soustraire à Dieu et nous apprenons à repérer ses agissements.
4) Harmonie et dissonances spirituelles
Les semblables s’accordent, les contraires se rejettent : Un dernier critère peut s’ajouter aux précédents : il s’agit de repérer si telle pensée s’accorde ou s’oppose à l’élan global qui nous anime. Les pensées ou mouvements mauvais seront immédiatement éjectés, comme naturellement. Problème cela fonctionne dans les deux sens : si nous sommes dans une disposition « mauvaise », éloignée de la foi ce sont les inspirations du bon esprit qui se trouveront rejetées.
Ce que nous disent accords et dissonances : Ainsi les dispositions se dénoncent-elles réciproquement dans une sorte de « conservation de l’état spirituel ». Ainsi nous en déduisons que si une quelconque idée, une pensée nous vient et qu’elle s’installe paisiblement au milieu du reste alors si nous sommes dans le bien elle l’est aussi !