1.Introduction (CV1) : "L'amour dans la vérité dont Jésus s'est fait témoin dans sa vie terrestre et surtout par sa mort et sa résurrection est la force dynamique essentielle au vrai développement de chaque personne et l'humanité toute entière." Dieu est la source et l'image de l'Amour et de la Vérité. Il les dépose en l'homme qui n'en est donc jamais dépossédé. La première des charités est d'amener l'autre à la vérité car c'est la que se trouve la joie et la liberté.
2.Importance de la charité dans la vérité (CV2) : La charité est le centre irremplaçable de la foi chrétienne, du message du Christ et de la vie morale. Elle est la source et le moteur de l'espérance. Cependant pour bien la comprendre et la considérer il faut la placer dans la lumière de la vérité qui seule peut l'éclairer justement : "ce n'est que dans la vérité que l'amour resplendit" (CV3).
3.Caractère indispensable de la vérité (CV3) : Sans la vérité qui provient de la raison et de la foi (cf. Fides et Ratio) l'amour n'est rien. Il devient "une coque vide" que n'importe quoi peut remplir. Il tombe dans le sentimentalisme. Il est ainsi dévoyé "jusqu'à signifier son contraire" ! Il n'y a que la vérité qui puisse l'ouvrir, le réajuster et le libérer.
4.La vérité éclairant la charité redonne son importance au christianisme (CV4) : La vérité est ce qui unit les hommes et leur permet de se dépasser. Cela fait de la charité le langage de la vérité (c'est beau!). Par ailleurs sans la vérité, le christianisme devient un réservoir à bons sentiments et belles valeurs. La charité est ainsi passablement marginalisée.
5.Premier principe, la justice (CV6) : "Caritas in Veritate" exposé dans la doctrine sociale de l'Eglise se traduit en principe d'action morale, dont les deux piliers sont la justice et le bien commun. La justice est indispensable à la charité. Elle en est la première étape, le premier niveau, le "minimum" (Paul VI). En effet, si la charité c'est donner à l'autre ce qui est mien, la justice consiste à rendre à l'autre ce qui est sien. Il ne peut donc y avoir de charité sans commencer par la justice. En un second temps "la charité dépasse la justice et la complète dans la logique du don et du pardon".
6.Second principe, le bien commun (CV7) : Si la recherche du bien de l'autre s'appelle charité à l'échelle individuelle, à l'échelle de la société elle s'appelle bien commun. C'est le bien du "nous-tous", à la fois des individus, des familles, des groupes intermédiaires qui tous ensemble forment la société. Le bien commun n'oublie personne. À l'échelle de la polis, le chrétien est appelé à le rechercher puisqu'il découle et implique tout à la fois la charité.
7.Insuffisances de la mondialisation actuelle (CV9) : À la suite de l'encyclique Populorum Progressio de Paul VI il faut réaffirmer l'importance de la recherche d'un développement humain intégral. Ce dernier ne saurait passer uniquement par la science, la technique ou l'économie. Le véritable développement qui consiste en un partage des richesses et des biens ne pourra être atteint qu'avec la charité qui seule permet de dépasser réellement frontières, règles et logiques économiques. Rappelons également que "l'annonce du Christ est le premier et principal facteur développement" (CV8).
8.Les deux vérités de Populorum Progressio (CV11) : Il faut tout d'abord rappeler que cette encyclique de Paul VI est intimement liée aux déclarations du Concile Vatican II. Elle s'appuie sur ce que celui-ci a approfondi, à savoir que "l'Eglise, qui est au service de Dieu, est au service du monde selon les critères de l'amour et de la vérité" pour énoncer deux grandes vérités. Première vérité, "toute l'Eglise, dans tout son être et son agir, tend à promouvoir le développement intégral de l'homme quand elle annonce, célèbre et œuvre dans la charité". On ne saurait donc être réduit à ses simples œuvres caritatives. Seconde vérité, "le développement authentique de l'homme concerne unitairement la totalité de sa personne dans chacune de ses dimensions". On pense bien sur en particulier à la dimension spirituelle souvent éliminée et sans laquelle l'homme et le développement perdent tout leur souffle, leur sens. L'homme pense alors pouvoir se sauver lui-même par sa technique et ses institutions bien qu'elles aient toutes deux montré leurs limites.
9.D'une juste vision du progrès (CV14) : Dans une logique idéaliste et idéologiste, certains veulent faire du progrès technique un absolu autosuffisant et seule source du salut de l'homme. Si cette vision est bien évidemment fausse, celle qui refuse en bloc le développement technique en plaidant un "retour aux origines" l'est tout autant.
10.Le progrès comme appel (CV16) : légitimité de la parole de l'Eglise (CV16) : "Le progrès est une vocation : "Dans le dessin de Dieu, chaque homme est appelé à se développer car toute vie est vocation" (Saint Jean-Paul II). C'est précisément ce qui autorise l'Eglise à intervenir dans les problématiques de développement." En effet, "ce dernier [concerne non seulement] des aspects techniques de la vie de l'homme, [mais aussi] le sens de la marche dans l'Histoire avec ses autres frères ou la définition du but d'un tel cheminement". Cet aspect vocationnel du développement est un élément clé de compréhension. Cela signifie entre autre "reconnaître qu'il nait d'un appel transcendant et qu'il est incapable de se donner par lui-même son sens ultime".
11.L'exigence de liberté (CV17) : "Le développement humain intégral suppose la liberté responsable de la personne et de peuples". Cette liberté est permise par l'aspect vocationnel du progrès qui au lieu de faire de l'homme un moyen à son service le rend pleinement responsable et le libère. Chacun a alors la responsabilité, d'homme libre à homme libre d'avoir le souci premier de ce développement intégral. Cela est particulièrement vrai pour les rapports entre les "peuples de l'opulence" et les "peuples de la faim". Sans liberté le développement ne peut être juste.
12.L'exigence de vérité (CV18) : La vérité du développement est qu'il doit être celui de "tout homme et de tout l'homme". La valeur de la personne humaine et sa croissance doivent être au centre du développement.
13.L'exigence de charité (CV19) : Au-delà du manque de réflexion, des lacunes de volonté, la cause principale du sous-développement se trouve en général dans le manque de fraternité entre les hommes, fraternité qu'ils ne peuvent accomplir par eux-mêmes. Celle-ci ne peut trouver sa source que dans l'amour divin et n'être vécue que dans la charité.
14.Etat des lieux rapide (CV21) : Paul VI entendait par développement "l'objectif de faire sortir les peuples de la faim, de la misère, des maladies endémiques et de l'analphabétisme". Si ce développement a bien lieu par endroit, on constate cependant des disparités de plus en plus grandes à l'échelle du globe, une absence de progrès en bien des lieux. Il demeure bien des "déséquilibres et des problèmes dramatiques" qui parfois tendent même à s'aggraver. "Les forces techniques employées, les échanges planétaires, les flux migratoires, l'utilisation anarchique des ressources de la terre nous conduisent aujourd'hui à réfléchir."
15.Déconstruction de la mondialisation : Que ce soit d'un point de vue politique, social ou culturel, la déréglementation, l'ouverture rapide et l'interconnectivité qu'a entraîné la mondialisation a de nombreux effets négatifs sur les personnes, leur unité et cohérence de vie ou encore la construction de la société de son ensemble. Il faut le souligner et rappeler encore et toujours la primauté de l'être humain dans son intégralité sur tout le reste.
16.Axes prioritaires : Notre attention doit se porter de façon prioritaire sur trois axes absolument centraux. Le premier est l'accès universel à l'eau et à la nourriture, le combat contre la faim et la soif qui gangrènent encore de larges portions de l'humanité. Ce problème est en général du à des défaillances sociales et politiques et non à des limites techniques ou économiques. Deuxième axe la protection de la vie, dont un authentique développement ne saurait se passer. Or la vie est attaquée sur bien des fronts, en particulier dans les pays techniquement plus développés, que ce soit à travers la contraception, l'avortement ou l'euthanasie. Ajoutons enfin qu'il nous faut protéger le droit à liberté religieuse. Celui-ci est bafoué en de nombreuses régions du globe par de prétendues guerres de religion ou par le fanatisme du terrorisme, mais pas seulement. Dans de nombreux pays développés on assiste à la promotion de l'indifférence vis à vis des religions ou même à la promotion d'un certain athéisme. Or seul Dieu peut être le garant du véritable développement de l'homme, en tant qu'Il est le commencement et la fin, le Créateur et le Sauveur.
17.Interaction entre science et charité (CV30) : "Les conclusions des sciences ne pourront pas à elles seules indiquer le chemin vers le développement intégral de l'homme." Elles doivent être éclairées par la charité. En effet, "le faire sans le savoir est aveugle et le savoir sans amour est stérile". Dès lors il ne faut pas considérer la charité comme un appendice que l'on rajoute en supplément mais bien comme ce qui doit animer et accompagner toute démarche du début à la fin. "La charité n'exclut pas le savoir, mais le réclame, le promeut et l'anime de l'intérieur." Elle doit être au cœur du dialogue entre les sciences, les techniques, la politique, etc... C'est pourquoi la morale travaille de concert avec la technique. C'est en œuvrant ainsi que l'on pourra unifier tous les efforts et toutes les actions mises en place dans les domaines les plus variés pour aller dans le sens d'un véritable développement.
18.Impact du péché originel (CV34) : La blessure du péché originel atteint de très nombreux aspects de la nature et de l'activité humaine, au nombre desquels figure bien sur l'économie. L'homme tend à s'y tourner sur lui-même, se pensant son propre créateur et sauveur, capable d'éliminer le mal et de parvenir au bien par sa propre action et l'accumulation de biens matériels. Penser ainsi, c'est retirer l'espérance chrétienne de l'histoire. C'est éliminer la charité qui fait découvrir à l'homme la logique du don pour lequel il est profondément fait et la vérité qui ne vient pas de lui mais bien de l'extérieur, lui étant donnée ou révélée. Sans la charité dans la vérité l'homme ne peut parvenir à la fraternité, à l'unité à la communion qui ne peuvent venir que de Dieu et du principe de gratuité.
19.Les pauvres et le marché (CV35) : Le marché se base sur une justice dite commutative pour régler les échanges de biens. Mais l'Eglise a toujours tenu à souligner que cette justice n'est pas suffisante. Elle doit être accompagnée de la justice distributive et de la justice sociale afin de n'abandonner personne en route. Les pauvres ne sauraient être les laissés pour compte du développement économique. Même d'un point de vue strictement économique, "les premiers à tirer profit du développement des pays pauvres auraient été les pays riches", c'est pourquoi "les pauvres be sont pas à considérer comme un "fardeau" mais au contraire comme une ressource". On ne saurait affirmer que l'économie a besoin d'un certain quota de pauvreté et de sous développement pour bien fonctionner ! Enfin, il est important de ne pas séparer l'économique de la politique, l'économie se chargeant de produire la richesse et la politique œuvrant pour rééquilibrer et redistribuer. La solidarité, la charité, la logique de la gratuité, du don doivent faire partie intégrante du mode de fonctionnement normal de l'économie.
20.La morale dans l'économie (CV37) : Tout agir économique, en quelque point de la chaîne que ce soit est par essence moral parce qu'humain et aux larges implications. L'économie doit donc intégrer la question morale sans la laisser à la politique. "Les règles de la justice doivent être respectées dès la mise en route du processus économique et non avant, après ou parallèlement."
21.Gestion d'entreprise (CV40) : Pour être concret on peut s'intéresser aux entreprises. Il est important que celles-ci ne dépendent pas seulement des actionnaires ou investisseurs financiers, qui placent à la tête de ladite entreprise un directeur à court terme, intéressé par les résultats à court terme pouvant rapporter des bénéfices aux investisseur. Le rôle, la valeur sociale, la préoccupation principale de l'entreprise se trouve avant tout dans ses travailleurs, ses créateurs, ses clients, les communautés qui en dépendent. Une juste recherche du développement doit tenir compte de cet aspect. L'agir financier, comme l'agir économique est toujours un acte moral.
22.Moralité de la mondialisation (CV42) : "On relève parfois des attitudes fatalistes vis à vis de la mondialisation", qui semble poussée et dirigée par des forces impersonnelles, culturelles, historiques sur lesquelles personne n'aurait d'emprise. On peut avoir une vision déterministe de la mondialisation. Mais cela nous mènerait à changer toute notre vision morale et à ne plus rechercher le véritable bien des peuples et des personnes. Il faut donc rappeler et maintenir que ce sont bien des hommes et des communautés qui sont des acteurs de l'histoire et de l'économie sur lesquelles ils peuvent agir. À eux, à nous de les orienter pour le bien. En effet "la mondialisation, a priori, n'est ni bonne ni mauvaise. Elle sera ce que les hommes en feront." (Jean-Paul II) Puisque la mondialisation est un processus qui s'engage de toute façon, à nous d'en être les acteurs dans la charité et la vérité pour en tirer du bien.
23.La question démographique (CV44) : C’est souvent une des questions centrales du développement. Abstenons nous cependant de juger hâtivement en présentant la croissance démographique comme un frein au développement. On relève d’ailleurs une importante croissance dans de nombreux pays qui se développent et une baisse forte de la natalité dans certains pays qui montrent des signes de crise. La natalité, intrinsèquement reliée à la sexualité doit être laissée à sa juste place : on ne peut réduire la sexualité à « une pratique hédoniste et ludique » mais on ne peut non plus la contrôler pour en faire un simple moyen de reproduction régulé et déterminé par la loi. Il faut rappeler « en ce domaine, la compétence primordiale des familles par rapport à l’Etat et à ses politiques contraignantes ».
24.Entreprise et éthique : On a vu apparaître une certaine préoccupation de « l’éthique » dans le monde de l’entreprise et de la finance. Cela a donné naissance à de nombreuses initiatives bonnes qui ont participé au développement des régions les plus démunies. Attention cependant à ne pas utiliser ce terme de façon abusive ou à en faire une simple recherche du label. Ce sont des principes, des orientations éthiques qui doivent se mettre à animer l’économie entière. On observe d’ailleurs entre les entreprises à but non lucratif et celles qui recherchent le profit une sorte d’entre deux, des entreprises fonctionnant sur un mode classique mais cherchant à mettre leur profit au service des hommes et de leur développement.
25.Positionnement vis-à-vis de la Création (CV48) : « Le thème du développement est aussi aujourd’hui fortement lié aux devoirs qu’engendre le rapport de l’homme avec l’environnement naturel. » Il est important de rappeler le statut de Création de la nature, qui n’est pas simplement fruit du hasard de l’évolution. La considérer ainsi, c’est déséquilibrer notre rapport à elle et perdre notre sens de la responsabilité. On en arrive soi à la considérer comme un absolu intouchable soit à en abuser. L’homme doit avoir un comportement responsable vis-à-vis de la nature, la respectant tout en la dominant. Cela inclut tous les aspects possibles à une échelle globale : gestion des ressources, pollution, énergie…
26.L’homme avant tout (CV51) : Au-delà de ce respect de la nature, rappelons que l’homme est placé au sommet de la Création et qu’il doit demeurer en tout temps et tout lieu l’absolue priorité. D’ailleurs participer au développement de l’homme, de la culture, des civilisations c’est aussi participer à la protection et à l’épanouissement de la nature, directement et indirectement.
27.La solitude (CV53) : C’est sans doute la plus grande pauvreté que l’homme puisse expérimenter. Les autres formes de pauvreté découlent souvent de celle-ci. Cette aliénation de la solitude peut souvent venir d’une idée de « je me suffis à moi-même », idée dans laquelle on peut s’installer individuellement ou collectivement. « Le développement des peuples dépend surtout de la reconnaissance du fait que nous formons une seule famille », famille qui ne peut être construite par l’homme seul mais seulement devant Dieu. Il y a un profond besoin de réflexion en ce sens à notre époque moderne.
28.L’unité (CV54) : Au cœur de cela, il y a la recherche de l’unité de l’humanité entière dans la fraternité. Cela ne peut se comprendre pleinement qu’éclairé par la Sainte Trinité, qui est parfaite et totale communion. Ce Modèle est approché de façon unique dans l’amour humain sponsal, en particulier l’union charnelle.
29.Discernement parmi les religions (CV55) : « C’est pourquoi, s’il est vrai, d’une part, que le développement a besoin des religions et des cultures des différents peuples, il n’en reste pas moins vrai, d’autre part, qu’opérer un discernement approprié est nécessaire. La liberté religieuse ne veut pas dire indifférence religieuse et elle n’implique pas que toutes les religions soient équivalentes. » Ce discernement s’appuiera sur la vérité et la charité, qui permette la perspective d’une communauté vraiment universel : « « Tout l’homme et tous les hommes », c’est un critère qui permet d’évaluer aussi les cultures et les religions ». En effet, il faut savoir voir les religions ou spiritualités qui par syncrétisme, individualisme exacerbé, recherche limité du bien-être personnel constituent en fait un frein au véritable développement humain. « La tendance à favoriser un tel syncrétisme est un effet négatif possible du processus de mondialisation ».
30.Place dans la sphère publique (CV56) : Pour que le christianisme et les autres religions puissent justement apporter leur contribution à l’édification d’une authentique famille humaine, encore faut-il que « Dieu ait aussi sa place dans la sphère publique ». Cela est indispensable pour permettre le double éclairage entre foi et raison.
31.Collaboration et subsidiarité (CV57) : Ce double éclairage, ce dialogue doit encourager la collaboration entre croyants et incroyants. Cela est éclairé par le principe de subsidiarité. « La subsidiarité est avant tout une aide à la personne, à travers l’autonomie des corps intermédiaires. Cette aide est proposée lorsque la personne et les acteurs sociaux ne réussissent pas à faire par eux-mêmes ce qui leur incombe et elle implique toujours que l’on ait une visée émancipatrice qui favorise la liberté et la participation en tant que responsabilisation. La subsidiarité respecte la dignité de la personne en qui elle voit un sujet toujours capable de donner quelque chose aux autres. En reconnaissant que la réciprocité fonde la constitution intime de l’être humain, la subsidiarité est l’antidote le plus efficace contre toute forme d’assistance paternaliste. Elle peut rendre compte aussi bien des multiples articulations entre les divers plans et donc de la pluralité des acteurs, que de leur coordination. »
32.Subsidiarité et solidarité (CV58) : Ces deux dimensions doivent impérativement et sans cesse s’éclairer l’une l’autre pour être équilibrées et justes. « Si la subsidiarité sans la solidarité tombe dans le particularisme, il est également vrai que la solidarité sans la subsidiarité tombe dans l’assistanat qui humilie celui qui est dans le besoin. » C’est particulièrement pour l’aide internationale à un pays en détresse ou en voie de développement. Ce doit être une véritable aide, pas la recherche de buts secondaires.
33.Eclairage mutuel des cultures (CV59) : Cette aide internationale et cette collaborations ne doivent pas se concentrer sur le seul aspect économique, mais toujours profiter également de cette « grande occasion de rencontre culturelle et humaine ». Ainsi la culture mondialisée technologique ne doit pas s’imposer à tous, mais au contraire apprendre à redécouvrir dans les cultures qu’elle rencontre des qualités humaines et des vertus qu’elle a pu oublier. A l’inverse les sociétés en voie de développement ne doivent pas se laisser fasciner outre mesure et rester fidèle à elles-mêmes. En même temps, toutes les cultures doivent avoir conscience de leurs imperfections, ce en quoi la foi chrétienne qui les transcende peut les aider.
34.Eléments de développement : Pour aider les payer à se développer, on peut réfléchir à l’utilisation de la subsidiarité fiscale. L’éducation apparait également comme un élément indispensable, au sens très large du terme (formation complète de la personne). Le tourisme doit être justement développé, comme un facteur de développement économique et non d’exploitation et de domination. Enfin les migrations doivent être traitées de façon véritablement humaine, en considérant chacun comme une personne, et en travaillant à une collaboration internationale pour faire face à cet immense défi.
35.Pauvreté et chômage (CV63) : « Dans de nombreux cas, la pauvreté est le résultat de la violation de la dignité du travail humain, soit parce que les possibilités de travail sont limitées (chômage ou sous-emploi), soit parce qu’on mésestime « les droits qui en proviennent, spécialement le droit au juste salaire, à la sécurité de la personne du travailleur et de sa famille » (Laborem Exercens, §8) ». Un travail digne est un travail librement choisi, qui « associe efficacement les travailleurs, hommes et femmes, au développement de leur communauté », respecte chacun et lui permet de subvenir à ses besoins et à tous ceux de sa famille, qui permette l’expression personnel et l’épanouissement personnel dans le repos et les loisirs.
36.La finance (CV65) : Elle doit être « un instrument visant à une meilleure production de richesses et au développement ». Dans son intégralité, elle doit ainsi participer au développement de l’homme et des peuples. Elle n’est pas, et ne doit pas être incompatible avec un comportement véritablement éthique. De nombreuses initiatives humanitaires, de réglementation de la finance, de microfinance sont ainsi à saluer. Cette dernière en particulier protège les pauvres des pratiques usuraires.
37.Les consommateurs (CV66) : Ils ont « une responsabilité sociale précise qui va de pair avec la responsabilité sociale de l’entreprise ».
38.Ordre mondial (CV67) : Il apparait indispensable de réformer l’Organisation Unies et les différentes institutions internationales, notamment celles qui régissent l’économie et la finance, en vue de créer une autorité mondiale ayant un pouvoir effectif et non « conditionné par les équilibres de pouvoir entre les plus puissants », cherchant le développement intégral de l’homme, et affrontant les défis du désarmement intégral, de la gestion des flux migratoires, protéger l’environnement, organiser une solidarité mondiale.
39.L’homme se reçoit (CV68) : Le développement de l’homme n’est pas livré à sa fantaisie. En effet « nous savons tous que nous sommes donnés à nous-mêmes, sans être le résultat d’un auto-engendrement ». « Personne ne modèle arbitrairement sa conscience, mais tous construisent leur propre « moi » sur la base d’un « soi » qui nous a été donné. » Si l’on ne tient pas contre de cela « le développement de la personne s’étiole, si elle prétend en être l’unique auteur ». De la même façon, le développement des peuples ne peut être prométhéen, ne s’appuyant que sur lui-même et comptant sur les « prodiges » de la science ou de la finance pour se soutenir soi-même. Face à cela, « nous devons manifester un amour plus fort pour une liberté qui ne soit pas arbitraire, mais vraiment humanisée par la reconnaissance du bien qui la précède. Dans ce but, il faut que l’homme rentre en lui-même pour reconnaître les normes fondamentales de la loi morale que Dieu a inscrite dans son cœur. »
40.La technique (CV69) : Etant noté que la technique est propre à l’activité humaine, on constate qu’elle est bonne en ce qu’elle cherche à « dominer la matière, de réduire les risques, d’économiser ses forces et d’améliorer les conditions de vie », et « répond à la vocation même du travail humain ». par la technique, œuvre de son génie, l’homme reconnaît ce qu’il est et accomplit son humanité. Par ailleurs la technique n’est pas un donné brut, absolu, séparé de tout. « Elle manifeste l’homme et ses aspirations au développement, elle exprime la tendance de l’esprit humain au dépassement progressif de certains conditionnements matériel et s’inscrit donc dans la mission de cultiver et de garder la terre. » Pour garder cette juste place, elle ne doit jamais oublier le pourquoi et rester centrée sur l’homme et le sens.
41.Développement et technique (CV71) : « Les phénomènes de la technicisation aussi bien du développement que de la paix montrent clairement que la mentalité technique a pu être détournée de sa source humaniste originaire. Le développement des peuples est souvent considéré comme un problème d’ingénierie financière, d’ouverture des marchés, d’abattement de droits de douane, d’investissements productifs et de réformes institutionnelles: en définitive comme un problème purement technique. » Même si cela reste important, le développement reste impossible s’il n’est pas habité par des hommes droits, cherchant le « bien commun ». Dans le tout-technique, on oublie la véritable fin, et « il y a confusion entre les fins et les moyens ». Ces notions sont également vraies pour la construction de la paix, qui a des besoins techniques mais un cœur humain.
42.Les médias et la communication (CV73) : Les médias et les réseaux de communication prennent une importance grandissante. Ils structurent notre façon d’aborder le monde. Il devient urgent de réfléchir à leur sens et à leur place, « en particulier sur le plan éthico-culturel de la mondialisation ». Finalement, les médias sont à intégrer dans toutes les réflexions qui précèdent, et « leur sens et leur finalité doivent être recherchés sur une base anthropologique ». Là encore la technique seule ne suffit pas : il faut voir ce que l’on promeut. Bien utilisés, les médias et réseaux sont un outil formidable au service de l’homme.
43.La bioéthique (CV74) : C’est un domaine central d’interface entre la technique et la morale. Il nous place face à un choix de plus en plus radical entre deux chemins opposés, deux types de rationalité : « celle de la raison ouverte à la transcendance et celle d’une raison close dans l’immanence technologique. On se trouve devant un “ou bien, ou bien” (aut aut) décisif. » La question est finalement devenue anthropologique, et d’une importance d’autant plus aigüe que les menaces de la culture de mort (avortement, eugénisme planifié, manipulation génétique, euthanasie) se font de plus en plus inquiétantes et progressent subrepticement. Ici comme ailleurs, la foi et la raison doivent se soutenir l’une l’autre. « Attirée par l’agir technique pur, la raison sans la foi est destinée à se perdre dans l’illusion de sa toute-puissance. La foi, sans la raison, risque de devenir étrangère à la vie concrète des personnes ».
L’impact d’un tel dérèglement de la conscience, de la raison et de la mentalité sur le développement de l’homme sont incalculables. « Comment pourra-t-on s’étonner de l’indifférence devant des situations humaines de dégradation, si l’indifférence caractérise même notre attitude à l’égard de la frontière entre ce qui est humain et ce qui ne l’est pas? Ce qui est stupéfiant, c’est la capacité de sélectionner arbitrairement ce qui, aujourd’hui, est proposé comme digne de respect. Prompts à se scandaliser pour des questions marginales, beaucoup semblent tolérer des injustices inouïes. Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l’humain. » (CV75)
44.L’intériorité de l’homme (CV76) : Avec la technicité se développe une approche psychologisante et techniciste de l’intériorité de l’homme qui devient purement chimique « jusqu’au réductionnisme neurologique. L’homme est ainsi privé de son intériorité. » Finalement, nous commençons à oublier un aspect entier de la personne humaine : l’âme, la spiritualité, l’intériorité.
La technique seule ne peut rien faire face à ce manque, quel que soit le niveau de progrès technique. « Le vide auquel l’âme se sent livrée, malgré de nombreuses thérapies pour le corps et pour la psyché, produit une souffrance. Il n’y pas de développement plénier et de bien commun universel sans bien spirituel et moral des personnes, considérées dans l’intégrité de leur âme et de leur corps. »
45.Dimension spirituelle du monde (CV77) : En conséquence et de façon cohérente, « l’absolutisme de la technique tend à provoquer une incapacité à percevoir ce qui ne s’explique pas par la simple matière ». Pourtant lorsque nous connaissons, lorsque nous aimons, nous continuons à faire l’expérience d’aspects de notre vie qui ne sont pas seulement matériels.
46.Conclusion : « Sans Dieu, l’homme ne sait où aller et ne parvient même pas à comprendre qui il est. Face aux énormes problèmes du développement des peuples qui nous pousseraient presque au découragement et au défaitisme, la parole du Seigneur Jésus Christ vient à notre aide en nous rendant conscients de ce fait que: « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5); elle nous encourage: « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). » Le travail à accomplir est titanesque, et il ne pourra se faire que de façon véritablement humaine. Cet humanisme ne pourra s’appuyer que sur une reconnaissance de notre appartenance à la même famille, celle des fils de Dieu. « L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain ». En conséquence, « le développement a besoin de chrétiens qui aient les mains tendues vers Dieu dans un geste de prière, conscients du fait que l’amour riche de vérité, caritas in veritate, d’où procède l’authentique développement, n’est pas produit par nous, mais nous est donné. Le développement suppose une attention à la vie spirituelle, une sérieuse considération des expériences de confiance en Dieu, de fraternité spirituelle dans le Christ, de remise de soi à la Providence et à la Miséricorde divine, d’amour et de pardon, de renoncement à soi-même, d’accueil du prochain, de justice et de paix. Tout cela est indispensable pour transformer les «cœurs de pierre » en « cœurs de chair » (Ez 36, 26), au point de rendre la vie sur terre « divine » et, par conséquent, plus digne de l’homme. »
« Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns les autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres » (Ro12, 9-10).