Il s’agit donc ici de continuer à travailler la question de la chasteté, peut-être de façon encore plus appliquée que dans notre topo sur la chasteté lui-même.
Je vous renvoie à cette belle citation d’Augustin : « la chasteté nous recompose ; elle nous ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant » (Confessions, 10, 29). Finalement, cela pourrait être le fil conducteur du topo de ce soir : nous savons bien que c’est le Seigneur qui nous sauve, nous recompose. Mais laisser faire le Seigneur, ce n’est pas être passif et se laisser couler gentiment. Le sujet est vaste : comment dois-je agir pour participer de cette recomposition intérieure ?
Le concile Vatican II donne un indice en écrivant (GS 24) « L’homme, seule créature que Dieu a voulue pour lui-même, ne se trouve que dans le don désintéressé de lui-même. »
Mais qu’est-ce que c’est, « le don désintéressé » de soi-même ?
L’homme est un être de relation, c’est la définition de base qui lui est donnée depuis des millénaires. Quand on jette un coup d’œil à Gn 3 (on en avait un peu parlé en évoquant le combat spirituel), on voit que la relation est ce qui est atteint de plein fouet par le Serpent, qui ne veut rien d’autre que la mort de l’homme (Jésus précise en Jn 8, 44, qu’il est « homicide depuis le commencement »). En épluchant le texte, on voit que 3 choses sont blessées : la relation à Dieu, la relation à autrui et la relation à soi-même. En Mt 22, 37-38, évoquant le plus grand commandement, Jésus reprend aussi ce triptyque :
Jésus lui répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C'est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Aussi, pour travailler ce soir un peu plus avant sur la chasteté dans nos relations, nous voudrions vous proposer de déployer ces trois axes relationnels : Dieu, les autres, moi-même.
Cette partie va être la plus courte parce qu’on a déjà dû beaucoup vous parler de la prière, des sacrements, etc, donc nous n’allons pas répéter. Elle est néanmoins la plus importante.
Dans l’AT, Dieu, pour sauver l’homme de la mort due au péché, donne les Dix Commandements qui ne sont rien moins que des préceptes d’ordre strictement relationnels. La deuxième partie porte sur les relations humaines mais la première partie, la plus importante (car elle fonde la deuxième), concerne la relation à Dieu. Jésus reprend cela en Mt 22, 37-39 où il lie intimement amour de Dieu, amour des autres et amour de soi.
Dans notre vie, c’est pareil. Notre être en relation est profondément informé et transformé par la relation première que nous voulons bien avoir avec Dieu. Donc, pour être clairs : avoir une vie relationnelle vraiment saine et heureuse exige de prier fidèlement, et un temps conséquent.
L’homme n’est pas un être comme les autres, il est finalisé par l’amour, et il ne peut apprendre à vivre en vérité qu’auprès de Celui qui est amour (1 Jn 4, 16). Dieu est le premier Autre avec qui nous sommes appelés à être en relation. Ensuite, par Lui, nous sommes appelés à nous donner à nos frères.
D’ailleurs, notre relation à Dieu a aussi la vertu de guérir nos relations humaines. Quand notre vie relationnelle est compliquée, la première chose à faire, la première personne à trouver, c’est Dieu, pour lui remettre et apprendre de Lui.
Ceci n’est pas dit parce qu’on est cathos et que ça se fait : nous avons des exemples par dizaines d’actions par lesquelles le Seigneur a restauré nos relations. Entre nous, avec nos parents, des amis, des frères… Ceux qui ont un jour vécu un gros pardon entre êtres humains savent à quel point cette relation, chaste par excellence, est un cadeau de Dieu.
Parler de la prière de libération par le pardon. Dieu qui restaure les relations.
(Nous n’allons pas évoquer ici des points qui mériteraient d’y être : non critique, relations gars-filles, etc… Nous vous renvoyons au topo de la dernière fois et à un certain nombre de bouquins. Nous voudrions aborder des choses de façon plus fondamentale.)
1/ Comprendre ma solitude
On ne peut pas parler de la relation sans parler de la solitude. La solitude est l’expérience humaine originelle (Il n’est pas bon que l’homme soit seul Gn…). Nous la vivons et la ressentons encore tant ! Cela nous semble paradoxal et souvent, notre façon d’être en relation n’a comme objectif que de combler cette solitude. Or, est-ce juste ?
Notre solitude intérieure a plusieurs origines qu’on peut éclairer avec ces questions :
N’y a-t-il pas un vide spirituel qui peut engendrer ce sentiment ?
Ai-je tendance à m’enfermer sur moi-même ? à rejeter les autres ?
Est-ce que je prends suffisamment de temps pour cultiver des amitiés saines et profondes ?
Est-ce que je connais mes besoins affectifs ?
C’est l’idée de Gary Chapman dans Les langages de l’amour. Mon cœur serait comme un grand réservoir affectif à remplir régulièrement. Mais tout le monde ne le remplit pas de la même manière. Je dois donc connaître la manière dont mon réservoir se remplit. Il y a cinq manières ou particulières ou langages pour cela (préciser).
> Je peux me sentir terriblement seul dans une famille aimante simplement parce que je suis le seul à désirer des moments de qualité et que tout le monde fait systématiquement ses trucs dans son coin tout en faisant mon ménage (service rendu) sans même que je le voie. Savoir exprimer ses besoins est salvateur pour une relation équilibrée.
2/ Isolement ou solitude ?
Nous avons donc besoin des autres pour être heureux. Donc, puisque le bonheur ce sont les autres, qui remplissent notre réservoir affectif, il est naturel de fuir l’absence de relation, ce que l’on appelle la solitude.
Pourtant il y a deux choses à distinguer : l’isolement et la solitude. L’isolement est le fait que quelqu’un se sente seul car il n’a pas assez de relations sociales autour de lui. L’isolement est mauvais, il est même une arme de l’ennemi qui essaye toujours de nous couper de nos proches, de nos appuis spirituels.
La solitude, c’est autre chose. Pourtant, on a tendance à fuir tout ce qui y ressemble. On s’engouffre alors dans des soirées FB, Netflix… N’y a-t-il pas, d’ailleurs, un besoin « social » de ne pas être seul ? Rester seul chez soi, une soirée, sans amis, juste à lire ou à écouter de la musique, c’est un peu la honte. Or, il y a sans doute là un enjeu qui nous dépasse.
Exemple de S.
En effet, la fuite devant la solitude nous amène à nous engouffrer dans des relations superficielles, mondaines ce qui ne font que déplacer le problème. On passe de l’isolement personnel à l’isolement social, et on disperse notre être profond.
3/ La solitude est nécessaire
D’abord pour ma relation à Dieu, dont on a vu au premier § qu’elle était indispensable à établir des relations justes en général. « Et toi, quand tu veux prier, retire-toi dans ta chambre… » (Mt 6, 6) Le silence est la condition extérieure de la rencontre authentique avec Dieu.
Ensuite, la solitude est nécessaire pour se connaître soi-même, apprendre à vivre en unifiant toutes les zones de notre être. On y reviendra dans la troisième partie.
4/ De la solitude à la communion
Enfin il ne faudrait pas opposer arbitrairement solitude et ouverture aux autres ! D’une part, les temps ensembles ne sont pas toujours une ouverture réelle aux autres. D’autre part, parce que des temps en silence vécus ensemble sont parfois d’extraordinaires expériences de communion des cœurs. (Ex. EC au début de l’année). Il fallait, dans la Bible, une « double solitude », d’Adam et d’Eve, pour fonder une communion de personne.
Ici nous n’allons pas tellement déployer car nous en avons beaucoup parlé la semaine dernière. Néanmoins, il est bon de rappeler ce simple fait : l’homme est un animal social. L’autre sera donc, quoiqu’il en soit, objet de mon désir car je sais intimement qu’il est celui qui comblera mon manque. Comme nous avons commencé par cela, nous savons que précisément Seul l’Autre comblera ma solitude. Néanmoins, mon désir me pousse vers autrui, quoiqu’il en soit. La pulsion sexuelle en est l’expression. Il faut donc maîtrise ce mouvement.
1/ Positionnement
Ce qu’il s’agit de discerner, c’est justement ma relation avec l’autre, quel qu’il soit – un inconnu, ma mère, mon pote, ma copine, mon fiancé, mon épouse. Mon comportement ne sera pas similaire avec chacun. Il est donc important de ne pas se laisser aller à des relations non réfléchies, et d’avoir conscience de notre échiquier relationnel : qui est cette personne pour moi ? Qu’est-ce que je veux faire de notre relation ? Donc comment est-il juste de me comporter vis-à-vis d’elle ? Cette conscience nous permet d’avoir des relations chastes, « ajustées ».
Sur un échiquier, il y a des pions blancs et des pions noirs, chacun et aucun n’est là par hasard. Les pions ont différentes façons d’avancer et d’agir et surtout il y a l’inconnue de la réaction du mec d’en face. On ne peut pas jouer si on ne prend pas tout ça en compte.
Dans la vie, c’est pareil. Je ne peux pas agir vis-à-vis d’autrui sans mobiliser tout mon être et toutes ses dimensions. Il y a ma personne : ma place et ma façon d’être, des gars et des filles, des émotifs et des pas émotifs, des chauds des pas chauds, des extravertis et des introvertis… et aussi toute l’énorme part de ce que je ne sais pas, même à propos de ceux que je connais bien, sans parler de ma propre personne que je ne connais ni ne maîtrise intégralement.
Donc, outre la vertu de prudence dont nous avons parlé la dernière fois, outre l’enracinement dans la prière, nos relations exigent que nous les vivions intelligemment. Autrement dit, que nous y réfléchissions.
Comme sur l’échiquier, on n’agit pas relationnellement sans savoir où on va. Une question bête : « que suis-je en train de faire ? », peut nous aider à voir clair dans notre action. Quand nous agissons, nous sommes responsables de la parole ou de l’acte que nous posons, donc nous devons pouvoir rendre compte de pourquoi et pour quoi nous agissons ainsi, et ne pas en négliger les conséquences.
Ex : le Hug qui semble s’être généralisé comme mode de salutation (avant le corona) est-il absolument indispensable, en tout temps en tout lieu ? Suis-je conscient de ses éventuels effets secondaires ?
Ex : Marie-Eudoxie, qui me regarde avec des yeux de merlan frit depuis quelques temps, a loupé ses partiels, elle est effondrée. Est-ce une bonne idée que je la console moi-même, en la prenant tendrement dans mes bras de surcroît ?
Dans « pour quoi je fais ceci », il y a aussi cette acception : ai-je pris en compte l’autre, et son besoin ? Je me rappelle cette jeune fille qui me disait qu’avec son copain, de toute façon, « même quand c’était non, ben finalement c’était oui », et pas forcément que pour les questions sexuelles. Est-ce que cela ne nous arrive pas, à nous, que l’orgueil de notre volonté prenne le dessus dans nos relations ? L’exemple de cette jeune fille met bien en exergue combien cela peut s’assimiler à une forme de viol.
Ex : Mon fiancé refuse que nous allions déjeuner chez mes parents. Ça me contrarie : je lui fais une scène jusqu’à ce qu’il accepte.
La prise en compte de l’autre est aussi l’humble acceptation que je dois être le premier à me convertir (attention on n’est pas en train de parler d’une relation toxique ou de manipulation). Au bout de 22 ans de mariage, ce que j’ai appris, c’est que quoiqu’il en soit, dans la relation, j’avais moi-même à traquer mes défauts et péchés, et que cela seul dépendait de moi pour que « ça change ».
2/ Temps et respect
Au- delà du positionnement, l’analogie avec le jeu d’échec – même si l’objectif ici n’est pas de se mettre mat – se poursuit avec la notion de temps. Une relation construite précipitamment a tous les risques de ne pas être juste. « En son temps, j’agirai vite » (Is 60, 22) dit le Seigneur, et aussi « il y a un temps pour tout » dans l’Ecclésiaste.
Le temps est une miséricorde que nous donne le Seigneur pour que nous œuvrions avec Lui à notre recomposition. Recevons-le comme tel !
Le temps nous est d’abord nécessaire pour que nos relations soient réfléchies et que nous puissions discerner de ce que nous devons faire : ne pas se précipiter est toujours de bon augure. Ne pas tout dire, tout faire, tout de suite. Prendre le temps de son intériorité, d’unir toutes les dimensions de son être – l’étalon corporel peut être fougueux mais la raison peut avoir des tas d’objections – et bien entendu de prier, de demander conseil (à des personnes de bon conseil). En amitié comme en amour, les « coups de foudre » ont besoin d’être prudemment jaugés et mis à l’épreuve de la patience et du temps.
Cela non seulement me permet d’agir d’une façon unifiée, mais c’est une forme éminente du respect de l’autre. Je me rappelle X., beau comme un dieu sur qui les nanas se jetaient à proprement parler en soirée. C’était un pote : il me raconte ça, je lui demande ce qu’il en fait. Réponse : « Ben, j’en profite, y’a pas de mal à se faire du bien. »… quel bien ? quel respect de part et d’autre ? Je n’ai jamais connu un mec aussi seul…
Attention, ne pas se précipiter n’est pas ne jamais agir ou ne pas décider, ce qui n’est pas chaste non plus.
L’enjeu de notre vie c’est non pas d’usurper l’affection des autres que de les aimer gratuitement. L’amour se reçoit, il ne se prend pas, il est donné.
L’exemple de X. ouvre bien sur la suite. S’il ne respectait pas les nanas qui ne le respectaient pas non plus d’ailleurs, vous avez bien senti qu’il ne se respectait pas lui-même au premier chef.
1/ Vivre unifié dans une réalité duelle
L’homme n’est pas une âme et un corps. Il est l’unité des deux. Il est un corps animé et une âme incarnée. L’homme n’est pas l’intermédiaire entre les anges (esprits) et les animaux (matière ou corps). Dans la personne, il y a comme interpénétration des deux dimensions.
La difficulté, c’est que corps et âme n’ont pas le même langage d’une part, et d’autre part ils ont été atteints par le PO qui veut tout désordonner. Il faut donc leur apprendre à dialoguer et « recomposer » cette unité dans notre relation à nous-mêmes, et ce d’abord par la bonne intégration de notre corps.
Le désir sexuel s’enracine au plus intime de l’homme, au niveau du pulsionnel. Il y a en moi de l’eros qui peut être très impératif. Mais vers où pointe-t-il ? Que désire le désir ? Rappelons-nous que désir sexuel est d’abord expression de notre finitude personnelle : je ne me suffis pas à moi-même. Ma joie ne peut pas venir de moi. J’éprouve donc un manque en moi qui est en lui-même déjà ouverture aux autres : je désire ce que je n’ai pas, ce que je ne suis pas.
J’aime beaucoup ce livre de C. S. Lewis, Les Quatre amours, qui rappelle que si nous avons différentes façons d’aimer – d’être en relation – chacun de ces modes d’aimer tend, en réalité, vers notre accomplissement en Jésus, notre sainteté. Il est bon de nous rappeler cela quand notre corps nous semble être un étranger.
2/ Le problème des addictions
Ce point est douloureux et compliqué et nous ne voudrions surtout blesser personne. D’abord, en condamnant les addictions ici nous voulons insister sur le fait que les personnes qui en souffrent sont avant tout victimes, et qu’elles ne s’identifient pas à leur addiction ! Ensuite, nous rappelons qu’il y a une espérance énorme, on peut s’en sortir pour vivre de nouveau (Jn 3). Il existe toutes sortes d’aides pour en sortir (Parcours et ouvrage Libre pour aimer)
Les addictions jouent de cette dualité corps/ esprit pour poser un fossé entre ces deux réalités qui font l’homme : elles le divisent, le déchirent.
Les addictions confondent la sensation et l’émotion. La sensation est un phénomène physiologique seulement ; l’émotion est unifiée. La conduite addictive ne cherche qu’à évacuer un sentiment de frustration par une sensation, ce qui frustre encore davantage la personne dans son unité.
L’émotion, muselée dans la pratique addictive, risque de se réduire comme peau de chagrin. Comme ce premier élan vers autrui est annihilé, l’addiction finit par nous couper d’autrui, la terrible honte n’aidant pas non plus.
Par ailleurs, l’addiction nous focalise sur la zone la plus extérieure de notre être : elle ne peut que nous rendre malheureux, car la partie la plus importante de nous-mêmes est négligée.
1/ Faire grandir notre intériorité
Le phénomène des addictions révèle que l’homme a des affections désordonnées et qu’il est même attaché à ses désordres (= le péché). Toutes mes facultés spirituelles et intellectuelles (mémoire, intelligence et volonté) doivent entrer en jeu pour guérir l’affectivité. Quand on pense intériorité, on pense en général prière, relation à Dieu, dont on a déjà parlé. Ou alors on pense à l’émotionnel, dont nous sommes surgavés par le « monde ». Pourtant l’explosion émotionnelle laisse paradoxalement un vide intérieur qui n’est pas productif : l’accentuation de la subjectivité individualiste affaiblit la vie intérieure.
L’intériorité est beaucoup plus large que cela. Il y a des strates intérieures et il est utile de cultiver chacun de ses niveaux pour convertir notre vie relationnelle. Pour travailler notre intériorité, on peut se pencher sur :
La sensibilité artistique qui développe mon rapport au monde, qui n’est plus un seul rapport d’extériorité. Je perçois le monde intérieurement. D’une part, donc, je vois le monde avec ce que je suis : mon regard enrichit l’horizon. D’autre part, je me laisse toucher par ce que je vois : je suis enrichi. Sans parler de l’aspect de repos, d’inefficacité que dispense l’art, qui me détend et permet ensuite de mieux me donner. Ex. de X.
Il y a le patrimoine écrit de l’humanité : il nous forme à la relation car il est une transmission d’humanité. Il nous questionne, nous renvoie à nous-mêmes et à notre rapport au monde. (Genitrix, Balzac…) Aujourd’hui, on constate que beaucoup de maladies de la subjectivité (dépression, ennui existentiel, toxicomanie, boulimie, anorexie), sont dues à un manque de références intérieures, or cet héritage séculaire propose des références marquées de l’expérience de l’humanité. Il nous permet aussi de stimuler notre intelligence, d’entretenir un débat intérieur.
Bien sûr, la prière dont on a déjà parlé.
Notre intériorité a besoin que nous la connaissions et que nous la dirigions selon ce qui la fait s’épanouir. Si nous la fuyons, nous ne rencontrerons jamais « l’Hôte intérieur » comme dit Augustin, Celui qui nous comble.
N’oublions pas qu’explorer notre intériorité demande de s’arrêter dans un monde où l’activisme fait partie de ce qui nous déstructure. Cela demande une vraie décision. Ex de X.
2/ La juste reconnaissance
C’est le dernier point que nous voudrions traiter avec vous, parce qu’il nous semble prendre une place ahurissante et que, caché, il peut fausser complètement nos relations humaines. Si la question « Qui suis-je ? » nous a souvent effleurés, la plupart du temps, sans nous en rendre compte, nous lui faisons suivre ceci « aux yeux des autres ? »
La reconnaissance sociale peut être, et est souvent, notre moteur principal.
Attention ! Il ne s’agit pas de s’en moquer absolument, mais il faut la mettre à sa juste place, et avec elle ma propre reconnaissance de moi-même. Combien sont malheureux et méfiants relationnellement parce qu’ils manquent absolument d’amour et de miséricorde pour eux-mêmes ! Or s’aimer soi-même est un commandement de Dieu, dont dépend l’amour des autres (« Et ton prochain comme toi-même », Mt 22, 39)
Le besoin de reconnaissance est l’un des besoins psychologiques les plus fondamentaux. J’ai besoin d’être reconnu pour ce que je suis, pour le bien que je fais.
Je peux donner l’exemple perso de mon besoin de reco et de paroles valorisantes
Pourtant Jésus, dans l’Évangile, nous indique que ce n’est pas la voie à suivre. Il dit plutôt : « De même, vous aussi, quand vous avez fait tout ce qui vous était ordonné, dites : Nous sommes des serviteurs quelconques. » (Luc 17, 10).
Comment travailler cela ?
Je pense souvent à la reconnaissance humaine et terrestre qu’a vécue la Vierge Marie. Sans parler des scuds ou assimilés qu’on entend, avec notre sensibilité moderne, dans la bouche de Son Fils, vous imaginez, à la Croix, le sentiment d’échec abominable qu’elle a dû ressentir ? Quelle reconnaissance a-t-elle reçu ici-bas ? Elle n’a attendu que celle de Dieu.
Mais attention ! Ne pas courir après la reconnaissance d’autrui, ce n’est pas non plus se déprécier.
Parfois, en bons cathos, on pense qu’il faut se rouler dessus, s’écraser, pour se donner. Le Pape François, dans la lettre apostolique Patris Corde à propos de St Joseph, rappelle le danger de ce point de vue :
Le bonheur de Joseph n’est pas dans la logique du sacrifice de soi, mais du don de soi. On ne perçoit jamais en cet homme de la frustration, mais seulement de la confiance.
Et plus loin :
Toute vraie vocation naît du don de soi qui est la maturation du simple sacrifice. […] Là où une vocation matrimoniale, célibataire ou virginale n’arrive pas à la maturation du don de soi en s’arrêtant seulement à la logique du sacrifice, alors, au lieu de se faire signe de la beauté et de la joie de l’amour elle risque d’exprimer malheur, tristesse et frustration.
A celui qui se reconnaît humble serviteur tout en étant capable, comme Marie, de s’émerveiller de son être « le Puissant fit pour moi des merveilles […] tous les âges me diront bienheureuse », le Seigneur dit « je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » (Jn 15, 15). Quelle plus belle reconnaissance, quelle relation plus gratifiante ?
St Joseph, que nous avons fêté vendredi, dont c’est l’année, et qui avait cette chasteté absolue, a su déployer cet équilibre relationnel dans une grande humilité : Dieu premier, le don à l’autre, et l’intégration de soi (qui transparaît dans sa réaction première de vouloir répudier Marie). Joseph a, sommes toutes, compris l’intégralité de sa vie comme une mission qu’il a investie, conduite, habitée, convertie. Car nous ne vivons cette vie que pour préparer le Ciel et entrer dans une spirale du don et du pardon
Nous vous proposons de lui confier chacun de nos cœurs. O glorieux St Joseph…